Un contrat de co-parentalité
L’ouvrage collectif Violence conjugale, un défi pour la parentalité1 s’emploie à souligner l’incompatibilité entre violences dans le couple et exercice de l’autorité parentale. « La co-parentalité nécessite la capacité à vivre-ensemble, comme équipiers pour la socialisation et le bien-être de l’enfant ». Or dans le cas de violences conjugales, l’organisation du pouvoir est asymétrique, la négociation impossible. D’autant que les auteurs de violences sont plus susceptibles d’avoir des difficultés à tolérer la frustration, à se remettre en question. « Ils ont tendance à inverser la responsabilité de leurs actes. […] Ils agissent sous le coup des émotions plutôt que de les réguler avant d’agir ». Ce type de profil est incompatible avec la parentalité. Un parent doit être capable de placer les besoins de son enfant avant les siens et de « tolérer la frustration générée au quotidien par la vie avec un enfant ».
Des enfants en danger
Même lorsqu’ils ne subissent pas les violences directement, les enfants en souffrent. Dans la proposition de loi visant à protéger les enfants exposés aux violences au sein du couple2, il est écrit que « 80 % des enfants sont témoins oculaires et/ou auditifs des violences et 100 % baignent dans les violences psychologiques ». Ces violences entraînent des syndromes post-traumatiques, similaires à ceux des enfants en zone de guerre. Même si, et surtout lorsque, la violence n’est pas dirigée contre eux, « le fait d’avoir été témoin d’une menace sur l’intégrité physique/ou émotionnelle de la personne qui s’occupe d’eux, le plus souvent leur mère », favorise le développement d’un syndrome post-traumatique durable3.
L’amour incompatible avec la violence
Dans son ouvrage A propos d’amour4, bell hooks définit l’amour comme « la volonté de nourrir sa propre croissance spirituelle ainsi que celle d’autrui, il devient clair qu’on ne peut pas à la fois aimer une personne et se montrer blessant·e et maltraitant·e. L’amour et la maltraitance ne peuvent coexister. La maltraitance et la négligence sont, par définition, les opposées du soutien et de l’attention ». Or un père qui frappe sa femme, qui se montre maltraitant et cruel envers une personne en qui les enfants ont confiance, ne peut pas les aimer. Comment être un bon père, un père aimant, quand on propose un environnement si angoissant à son enfant ?
Pour en savoir plus
- Podcast : Thomas Belhalfaoui, « Mais c’était un bon père », 2024, URL : https://maiscetaitunbonpere.com (consulté le 12/07/2026).
- Article : Magali Cartigny, « Édouard Durand, juge des enfants à Bobigny : « Un mari violent est un père dangereux » », in Le Monde, 23/11/2019, URL : https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/11/23/edouard-durand-on-ne-mesure-pas-la-dangerosite-des-violents-conjugaux_6020254_3224.html?srsltid=AfmBOopPdBMipl_pW949FF1vUOKbcCfJIiAtimoo6q5sXxhq508FixmX (consulté le 12/07/2026).
- Vidéo : Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale, « Violence conjugale : « Mais c’est un bon père » », 2022, URL : https://www.youtube.com/watch?v=DvQixSQR4Yw (consulté le 12/07/2026).
- Karen Sadlier (dir.), Violences conjugales : un défi pour la parentalité, Paris, 2015, URL : https://doi.org/10.3917/dunod.sadli.2015.02 (consulté le 12/07/2026). ↩︎
- Proposition de loi visant à protéger les enfants exposés aux violences au sein du couple, Assemblée nationale, Enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale le 30 novembre 2021, URL : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/PIONANR5L15B4747.html (consulté le 12/07/2026). ↩︎
- Karen Sadlier (dir.), Violences conjugales : un défi pour la parentalité, Paris, 2015, URL : https://doi.org/10.3917/dunod.sadli.2015.02 (consulté le 12/07/2026). ↩︎
- bell hooks, A propos d’amour, Paris, 2022. ↩︎
Laisser un commentaire