« La misogynoire n’existe pas »

Un concept récent…

En 2008, la chercheuse écrivaine et militante féministe africaine-américaine Moya Bailey développe le concept anglais « misogynoir ». Elle contracte « misogyny » (en français, « misogynie », la haine des femmes) et « noir », le terme français, employé également aux États-Unis dans des contextes culturels et médiatiques1. La misogynoire désigne spécifiquement la combinaison des discriminations sexistes et racistes que subissent les femmes cis et trans noires, ne fonctionnant pas isolément mais se renforçant. Elle prend forme dans les œuvres artistiques, les médias et la culture en général sous la forme de représentations déshumanisantes de ce groupe de personnes2.

…désignant une situation séculaire…

L’écrivaine bell hooks, dans son livre Ne suis-je pas une femme ?, revient sur l’histoire de l’esclavage aux États-Unis pour expliquer comment la misogynoire s’est enracinée dans nos sociétés modernes. L’histoire, majoritairement écrite par les hommes, a souvent généralisé l’idée que les hommes noirs et les femmes noires ont subi l’esclavage de la même façon. bell hooks remet en question ce postulat, signalant que ces dernières ont en plus été victimes du patriarcat, également instauré au sein des communautés noires. Elles ont donc connu le racisme de l’esclavage, le sexisme du patriarcat et, par la suite, la marginalisation du féminisme blanc qui ne les prenait pas en compte3.

…et encore actuelle

Malgré son origine états-unienne, le concept de la misogynoire s’est diffusé partout où le racisme et le sexisme se cumulaient, notamment en France. D’importantes personnalités de la scène culturelle en ont été victimes, via des vagues de haine, notamment en ligne. C’est le cas d’Aya Nakamura, depuis le début de sa carrière, mais surtout lors de l’annonce de sa performance pour la cérémonie d’ouverture des JO 2024, commentée par les internautes comme par les médias dans un mélange de racisme, de sexisme et de classisme4. Ebony Cham, lors de son passage à la Star Academy en 2025 a également fait l’objet d’un intense cyberharcèlement, condamné par l’émission ainsi que les associations SOS Racisme et La Maison des potes5.

Pour aller plus loin


  1. Stephen J. Lewis, « From the combination of racism and sexism, here is the story of a new word », in Northwestern Now, 04/05/2023, URL : https://cssh.northeastern.edu/we-started-the-movement-misogynoir/ (consulté le 28/08/2026). ↩︎
  2. « Misogynoir », in La Déferlante, URL : https://revueladeferlante.fr/glossaire/misogynoir/ (consulté le 28/08/2026). ↩︎
  3. bell hooks, Ne suis-je pas une femme ? Femmes noires et féminisme, Paris, Cambourakis, 2021. ↩︎
  4. Antony Vincent, « Aya Nakamura chantera pour la cérémonie d’ouverture des JO 2024, et le mépris contre elle redouble déjà », Madmoizelle, 05/03/2024, URL : https://www.madmoizelle.com/aya-nakamura-misogynoir-france-1067077-1067077 (consulté le 28/08/2026). ↩︎
  5. Valentine Joubin, « « On va dire que tu es hautaine, agressive » : la misogynoire décryptée par le vrai ou faux junior », France Info, 14/03/2025, URL : https://www.franceinfo.fr/replay-radio/le-vrai-du-faux-junior/on-va-dire-que-tu-es-hautaine-agressive-la-misogynoire-decryptee-par-le-vrai-ou-faux-junior_7100574.html (consulté le 28/08/2026). ↩︎

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