« Les femmes poussent les hommes à bout »

Des coups mérités

Dans notre société patriarcale, les femmes seraient violentes psychologiquement, notamment à travers leurs paroles. Cette idée suggère qu’elles « mériteraient » les coups en maltraitant émotionnellement leur conjoint, pour le faire sortir de ses gonds. Mais comme l’explique Mona Chollet dans son livre Réinventer l’amour1, les hommes subissent des brimades et des humiliations dans d’autres contextes, comme au travail : « pour autant, les coups infligés à un supérieur hiérarchique, un contremaître ou un patron ne sont pas un fléau social, et nous ne tenons pas un décompte d’homicides dont ceux-ci seraient régulièrement victimes. Pourquoi serait-il possible de réfréner ses pulsions dans le contexte professionnel, et pas face à une femme ? Et plus largement, pourquoi les hommes seraient-ils les seuls à ne pas pouvoir se maîtriser quand ils subissent un affront ou une humiliation ».

Les femmes vues comme des vipères

D’après de nombreuses croyances sexistes, les femmes maîtriseraient mieux le langage que les hommes. Elles seraient des vipères, des mégères et parleraient trop. Comme l’explique Mona Chollet, elles auraient une image de « créatures à la parole venimeuse, capables de faire du mal de façon sournoise, comme on jette un mauvais sort ». Il faudrait donc s’en méfier. Les paroles seraient ainsi plus destructrices que les coups. « Les mots des femmes et les coups des hommes sont mis sur le même plan. La violence physique devient une réponse adaptée et légitime contre le péril mortel de la parole des femmes », ajoute Valérie Rey-Robert dans Une culture du viol à la française2.

Les mots au même niveau que les coups

Rose Lamy, dans son livre En bons pères de famille3, évoque les mots de Marie Trintignant et d’Alexia Fouillot (tuées toutes deux par leur conjoint) : elles « ont plus sûrement froissé leur honneur, leur égo, bafoué leur autorité, mais peut-on pour autant considérer que des dizaines de coups au visage, un étranglement de quatre minutes, de la non-assistance à personne à l’agonie, la dissimulation et la tentative de crémation d’un corps puissent être une réponse adaptée à des mots ? ».  


  1. Mona Chollet, Réinventer l’amour; Paris, Editions La découverte, 2021. ↩︎
  2. Valérie Rey-Robert, Une culture du viol à la française, Montreuil, Libertalia, 2020. ↩︎
  3. Rose Lamy, En bons pères de famille, Paris, JC Lattès, 2023. ↩︎

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