« Sous l’influence de la honte, la femme se plie à l’ordre patriarcal, subissant ainsi les interdits et les diktats qui y sont liés : dissimuler certaines parties de leurs corps ; répondre à des critères de jeunesse, de beauté, de minceur, de désirabilité, mais pas trop ; se conformer aux rôles traditionnels de genre comme être une bonne mère ; ne pas revendiquer trop d’importance ou de pouvoir, etc »1.
À l’origine, la honte est une émotion qui nous permet de suivre les règles pour bien nous intégrer en société. Mais contrairement à celle des hommes, la vie des femmes est émaillée d’une honte permanente qui les enferme et les efface.
Un corps honteux
Le corps féminin est, depuis toujours, une source de honte. La pression de la société, sur laquelle surfe le marketing, favorise les complexes et entraine une dysmorphophobie2 chez les femmes qui mène parfois à l’anorexie ou à la boulimie. Dans leur ouvrage, les autrices reprennent la citation de la philosophe Camille Froidevaux-Metterie : « On comprend qu’aucune d’elles n’est véritablement heureuse de son corps. Chacune porte un complexe, une insatisfaction, un ferment de honte »3. Cette dernière touche également à l’intime, puisque les règles sont aussi taboues. D’autres expressions sont employées pour les désigner. Cette honte amène alors un manque de connaissance crucial sur l’intimité féminine et des parcours de soins plus difficiles. Enfin, Élisabeth Cadoche et Anne de Montarlot évoquent la honte et la peur dont fait l’objet le désir des femmes. Si les hommes sont loués pour leurs talents de Don Juan, les femmes quant à elles, sont considérées comme des « putes ». Leur plaisir est un non-sujet et les conséquences sont particulièrement visibles : une grande majorité des hétérosexuelles ne sont pas satisfaites de leur vie sexuelle.
Une femme-objet
La représentation du corps féminin dans la culture ne permet pas de s’émanciper de ces pressions, au contraire. Longtemps, seules deux options étaient possibles : celle de la Vierge Marie ou du corps objet de désir. Aujourd’hui encore, ce « male gaze » se retrouve notamment au cinéma ou les plans s’attardent sur les seins, les fesses ou les cuisses. Cela perpétue une perception biaisée du corps des femmes, qui devient à la fois une préoccupation majeure dans la société, tout en entretenant la honte à son sujet et sa dévalorisation. En raison de cette représentation, les femmes se jugent davantage sur leur physique que sur leurs compétences ou leur personnalité.
La honte des violences
La honte est particulièrement présente chez les victimes de violences, et en particulier de violences conjugales. Les femmes assimilent l’idée qu’elles sont responsables de ce qui leur arrive, notamment à cause de l’emprise psychologique mise en place par leur bourreau. Elles intègrent que c’est la faute de leur tenue, de leur attitude. Elles ont honte de ne pas partir, mais aussi de partir, de parler, de révéler leur calvaire, de ne pas être la victime idéale et dans le cas de l’inceste, de briser la famille. Cet embarras permanent réduit les victimes au silence et les enferme. Les autrices de la Fabrique de la honte militent pour que « la honte change de camp ».
Repenser la maternité
Enfin, la maternité aussi est auréolée de honte. Le récit commun de la grossesse et de l’accouchement est édulcoré, idéalisé et gomme les réalités plus complexes ; d’autant qu’il existe une injonction très forte à devenir mère, portée ces dernières années par les discours sur le « réarmement démographique ». Comme pour tous les autres domaines de leur vie, les futures mères souffrent de la honte, peu importe ce qu’elles vivent. Elles sont honteuses des fausses couches, de leur stérilité, des IVG, de ne pas correspondre à l’image de la mère parfaite, de leur nouveau corps, du baby-blues, de vouloir reprendre leur carrière, de regretter d’être mère…
Dans cet ouvrage, les autrices rappellent que la vie tout entière des femmes est une succession de honte. Cette oppression est le résultat d’un système patriarcal qui cherche à silencier la moitié de l’humanité. Elles concluent par ces mots : « Le contraire de la honte n’est pas toujours la fierté. C’est toujours, en revanche, LA LIBERTÉ ».
Quelles sont vos recommandations ? Quelle revue de livre devrions-nous faire prochainement ? Donnez-nous votre avis en commentaire !
- Élisabeth Cadoche, Anne de Montarlot, La fabrique de la honte, Paris, Les Arènes, 2025. ↩︎
- Selon l’International OCD Foundation, la dysmorphophobie est une pensée obsédante sur un défaut imaginaire ou une légère imperfection de l’apparence
physique. ↩︎ - Camille Froidevaux-Metterie, Le corps des femmes, la bataille de l’intime, Paris, Philosophie magazine éditeur, 2018. ↩︎
Laisser un commentaire